Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 11:56

Les salauds. Ils l'ont tué! Ils ont tué Megaupload! Je crois que comme une bonne partie des internautes "pirates" qui ont appris la nouvelle, j'ai été inconsolable pendant au moins 10 bonnes minutes. Certes, la riposte d'Anonymous qui s'est faite sans attendre sur les sites d'Universal et du ministère américain de la justice m'a mis un peu de baume au coeur.

Mais enfin.

Comment peut-on à ce point n'avoir pas de coeur pour priver ces millions de gens dans le besoin de leur nourriture spirituelle ?

Imaginez un peu, si dans un moment d'égarement les Restos du Coeur venaient à être contraints de fermer ? Imaginez la détresse de ces estomacs tourmentés.

Megaupload, c'était un peu les restos du coeur du net. Sauf qu'on pouvait parfois y déguster du caviar en conserve.

Les thuriféraires de la propriété intellectuelle sont-ils à ce point insensibles pour nous soumettre à telle épreuve ? Comment vais-je faire pour regarder le dernier Uwe Boll devant une pizza bien grasse. Méfiez-vous, la question est plus profonde qu'il n'y paraît : la médiocrité de tacherons n'est-elle pas assez flattée de l'attention qu'on lui porte pour nous quémander en plus de lui ouvrir notre bourse ?

Comment découvrirai-je ce film discret mais merveilleux que je devrai faire figurer dans ma DVD-thèque afin de proclamer avec certitude que je n'ai pas raté ma vie ?  

Internet saigne et sanglote. En témoigne la mélancolie qui a saisi Twitter et qui rappela la douloureuse scène de deuil récemment vécue par la Corée du Nord, cette démocratie exemplaire. 

Internet pleure. 

Heureusement, Youporn demeure pour sécher ses larmes.

Par perfounet - Publié dans : Kulture
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 11:15

Je suis une huître. Enfin, pas littéralement. Je ne suis pas serti dans cette coquille aux aspérités rugueuses. Je ne vis pas collé opiniâtrement sur mon bout de rocher au fond de l'eau et je n'ai probablement aucune chance de terminer au milieu des victuailles d'un repas copieux. Pourtant, je ne peux m'empêcher de me sentir proche de ce petit mollusque aux saveurs iodées.

J'ai tenté, timidement comme tant d'autres, de m'ouvrir, prêt à rompre la frontière qui me sépare du reste. Le monde s'est révêlé, d'abord au travers d'un fin rai de réalité, puis, gagnant de l'assurance, j'ai donné le petit effort nécessaire à cette communion. J'observais. Je restais coi, guettant la danse imprévisible d'un monde inconnu jusqu'alors. Que de merveilles autour de moi! Une multitude d'objet, animé ou non. Certains mus par la conscience, d'autres, marionnettes impuissantes d'un courant retors.

Il fallut quelques temps avant que, non sans quelque appréhension, j'accepte de quitter mon port d'attache. Puis, lentement, avec une confiance grandissante, je me laissai peu à peu emporter, voyant le film du monde se projeter sous mes yeux, ignorant tout de la distribution des rôles, des événements à venir.

Puis vint l'angoisse. Insidieuse, traîtresse. Comme une peur panique qui soudain vous aspire. Alors que dans cette gangue protectrice je n'avais déposé que de doux songes, des mots mielleux, des espoirs naïfs, j'étais contraint de laisser ce voile terne tout recouvrir. Après le jour vient la nuit, peu importe qu'on veuille qu'il dure ou non. Dans l'euphorie de la découverte, je me laissai lentement dériver, sans même en avoir conscience. A un moment cependant, je sus que le sol se dérobait sous mes pieds, et je fus comme happé par des tourments indescriptibles. Le courant était trop fort ; il me fallait arrêter tout ça! Mais j'avais beau m'accrocher, persévérer dans ma quête d'un ilôt de sécurité pour faire une pause, rien n'y fit. On ne voulait pas que je m'arrête au milieu du gué pour reprendre mon souffle. 

Il fallait réagir. Vite. Avant que la folie n'établisse domaine dans ma coquille. Je ne voulais pas de ce colocataire indésirable. Alors, bien qu'avec l'écorchure des regrets, je me résignai à fermer cette porte que j'avais tant hésité à ouvrir. Violemment, clac, un bruit sec, sans appel.

Pendant cette courte escapade, j'avais, heureusement ou non je ne saurais le dire, appris à sentir. J'ai fermé les yeux, mais je ne cessais pas pour autant d'observer. Des formes, trahies par leurs parfums, les notes distillées dans leur sillage, passaient à côté de moi. Et moi, je passais à côté d'eux, parlant d'une voix sèche, brève, étouffée de l'autre côté. A un passant, je demandais parfois ce qu'il advenait de ce monde qui m'avait soudain glacé, sans explication. On me répondait très gentiment, usant de descriptions fouillées, avec des mots tintant d'une musique parfois joyeuse, parfois mélancolique et aux accords mineurs. Je vivais à travers leurs récits, peignant aussi habilement que mes talents me l'autorisaient, afin de collectionner quelques pièces de puzzle d'un monde que je ne faisais que déchiffrer comme on peine à voir les images d'une bobine de film surie.

Puis vint une masse. D'abord informe, unie, aux circonvolutions excitées. Je n'avais jamais vu ça. Emergèrent alors de ce magma gluant une myriade de ce que ne peux mieux décrire que des points d'épaisseurs variables. Mes sens étaient tourmentées. J'étais comme une mouche effarée au milieu d'un essaim de guêpes en furies. Des bruits. Des mouvements. Des mots se chevauchant les uns les autres, une sorte d'opéra narrant une ode à l'anarchie. Le temps permit à cet écheveau de propos confus et emmêlés de se défaire petit à petit, d'acquérir une structure de plus en plus cohérente. On me demandait ici et là, à la fois partout et nulle part, de m'ouvrir, de ne pas avoir peur. Etais-je en train de délirer, de fantasmer ? L'isolement n'avait-il pas fini par pondre une multitude de moi dans ma minuscule forteresse ? Non, c'était bien à l'extérieur, je sentais parfois le choc des bousculades, les mouvements erratiques de quelques-uns qui n'avaient pas réussi à m'esquiver.

La scansion continuait : "ouvre-toi, ouvre-toi!". J'étais toujours infiniment réticent. Les minutes passaient, le temps même semblait s'arrêter en badaud pour observer la curiosité du moment. Je compris qu'ils ne partiraient pas, que j'étais attendu. La rumeur s'apesait lentement, mais le mouvement continuait, et au tumulte des voix se substitua celui des pas. Je m'étais habitué à cette ronde, aussi puis-je commencer à dénombrer ces passants obsédés. Beaucoup de monde. Une à deux dizaines, d'instinct.

Je pris une profonde inspiration, et prenant tout le monde de cours, la barrière fut à nouveau levé, faisant brutalement cesser toute activité. Mes yeux ouverts reconstituèrent immédiatement le spectre des couleurs que j'avais senties. Je reconnus tous ces passants que j'avais imaginés, qui m'avaient conté le monde et avaient inspiré toutes ces toiles peintes à coups de traits grossiers. Leurs atours rayonnants agressaient ma rétine trop vite arrachée à l'obscurité. La lumière qu'ils m'envoyaient était à la limite de la douleur, d'une beauté féroce. 

Plus rien ne bougeait, plus rien ne sonnait. Rien ne semblait à l'identique dans cette foule aux couleurs variées. L'explosion d'un arc en ciel s'était figée dans le temps, pendant cette seconde éternelle qui précède la dispersion de couleurs mirifiques. Rien ? Non. Tous avaient les yeux écarquillés, comme figés à leur tour. Le coffre était ouvert, quel était son trésor que tous admiraient si cérémonieusement ?

Tout ce temps enfermé. Tout ce temps isolé. De ces récits, de ces pensées, de ces tableaux bigarrés, était née une belle perle nacrée.

Je suis une huître.

Par perfounet - Publié dans : Qui me parle?
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 00:15

Nous sommes déjà presque à la mi-janvier, mais il n'est jamais trop tard pour vous souhaiter à toutes et à tous une bonne année. Je vous souhaite qu'elle soit remplie de nouveautés, de bonnes choses, de nouvelles expériences, bref de tout ce qu'il vous faut pour qu'elle soit meilleure que la précédente.

 

Je me souhaite aussi toutes ces choses. Et 2011 a bien préparé le terrain pour que cette année commence sous les meilleures auspices. Ce fut en effet une année qui m'a permis de Grandir sur pas mal de plans, et le g majuscule a bien sa place ici. Bien sûr tout cela a été possible grâce à des personnes qui gagnent à être connues, et que je ne regrette pas d'avoir rencontré. 

2011, ça a été aussi l'occasion de faire mes premiers pas dans l'enseignement, un projet qui me tient à coeur depuis pas mal de temps. Il ne manque plus que l'obtention du fameux sésame "CAPES" pour que le tableau soit complet. 

Il n'empêche que l'idée que l'on peut se faire de l'extérieur est assez différente de la réalité vécue par une personne derrière un bureau en face d'une trentaine (voire quarantaine...) d'élèves. Difficile d'endosser ce rôle, de nouer une relation à mi-chemin entre la complicité et le respect avec des individus bouillonnant dans l'adolescence. On oscille sans arrêt entre le dépit et la passion ; dépit quand il s'avère impossible de capter l'attention des élèves et qu'on n'a d'autre choix que de serrer les dents pour attendre la fin de l'heure. Passion de découvrir tous ces jeunes gens uniques, différents par leurs parcours biographiques parfois émouvants, semblables par leur position d'âme à instruire.

Un seul mot d'ordre : transmettre.

Transmettre, cela passe beaucoup par l'écrit.

Et c'est un autre souhait que je fais pour cette année 2012 : renouer sérieusement avec l'écriture. J'ai laissé trop longtemps ce blog en friche, cela fait trop longtemps que je retiens les mots dans leur cage. Il est temps de les libérer. Pour raconter quoi, je me le demande encore. Mais que l'on écrive en gardant en point de mire un objectif précis, ou que l'on prenne la plume pour la laisser voguer sur des flots errants, je suis convaincu que les deux cas fournissent une bonne thérapie. 

Et peu importe finalement l'histoire que l'on veut conter, ce qui compte c'est à qui on veut l'adresser. Et j'ai trop à rendre à des personnes qui m'ont tant donné. Ce sont elles qui nourrissent les dessins de mes mots, ce sont les tisserands du canevas de mes récits. Le lecteur, c'est l'oxygène de l'écrivain. 

Il est temps de prendre une grande inspiration d'air pur et vivifiant en ouvrant grand le livre dont les pages restent à noircir.

 


Par perfounet - Publié dans : La vie des autres
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