Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 14:32

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Ca commence par le texto d'une copine, un bel après-midi de mars. Il paraît que GiedRé traîne ses guêtres du côté de Lyon et vient chanter ses contines subversives aux mécréants provinciaux. Soit, main sur le coeur, je me dis que, quel qu'en soit le prix, peu importent les sacrifices à consentir, je me dois d'y être. Mais avant, et comme une bonne histoire commence toujours par le début, laissez moi vous narrer ma découverte de la bergère coquine.

 

J'ai vu pour la première fois GiedRé pousser la chansonnette sur la défunte émission J'irai loler sur vos tombes, au concept on ne peut plus simple : on fait un peu de critique culturelle dans un décor en carton en compagnie d'un guest dont les talents peuvent réveiller la passion du geek qui sommeille (ou pas) en nous.

Avec ses jolis yeux bleus et sa chevelure d'ange, ma première impression a été de me demander ce que GiedRé venait foutre ici. Au moment de prendre sa guitare, on est envahis de tous nos stéréotypes bisounours ; la dame à la voix fluette et en robe de bergère va sûrement nous servir une interprétation d'un texte co-écrit par Mireille Mathieu et Henri Dès. 

Premières notes et schplaf*.

 

Sous les apparences poupines se cache en fait une âme dévergondée, qui n'est pas le moins du monde effrayée à l'idée d'avouer que, comme les autres, elle mouille de temps en temps sa culotte. Et c'est une hécatombe à la direction de Familles de France. 

 

Mais revenons-en à notre périple lyonnais voulez-vous. Toujours par cette belle journée de mars, nous partons, naïfs enfants, pour Marcy l'Etoile (qui, même si c'est très improbable, existe bel et bien), avec une hâte à peine contenue de retirer les places très consciencieusement mises de côté par Brigitte (big up si tu me lis).

A peine entré dans la salle des fêtes moches, nous constatons que la bergère polissonne a un petit succès, puisque la salle n'est pas loin d'être comble. Sur scène, une installation qui ne manquerait pas de troubler le non initié : un canard en plastique côtoie sans rougir des poupées gonflables dans une petite alcôve au nom de l'artiste. Très vite nous cherchons du regard une mamie qui se serait égarée en pensant assister à un ersatz du concert d'Âge tendre et tête de bois, pour guetter ses réactions outrées par la suite.

Après quelques bonbons chimiques pour toute sustentation, GiedRé rentre sur scène. Très vite, la salle est conquise, et fredonne les refrains en faisant des petits anus avec ses doigts. On a beau dire, tout cela est peut-être très grivois, mais ça ne manque pas du tout de poésie. On aurait presque un peu honte de frissonner de plaisir en entendant parler de bébés congelés et d'ode à la sodomie. Tout y passe, handicapés, grands hommes, prostituées, moches (voire une hybridation de tout ça)... mais on rigole parce que ce soir, l'humour noir se drappe de rose. GiedRé est bonne parolière, et on guette la rime suivante en se laissant bercer par la voix choupi et les accords de guitare sèche.

Et c'est l'heure de partir, un peu tristoune comme le gamin à qui on explique que son séjour à Disneyland est fini. Une petite photo avec la gourgandine talentueuse, et l'on repart avec des paroles qui résonnent comme du miel dans la tête (non, cette métaphore n'est pas homologuée, mais je m'en branle joyeusement sur la tombe de Pie XII). 

Une belle soirée pour une belle morale : tout le monde fait caca.

PS : Merci à celle qui se reconnaîtra de m'avoir mené là-bas, c'était un peu un deuxième anniversaire!

 

*Une onomatopée convenable pour une tarte dans ta gueule

Par perfounet - Publié dans : Kulture
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Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 16:33

 

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La Shoah est une période de l'histoire qui a été vue, vue et revue, dans de nombreux domaines. Le cinéma, la littérature, la télé ont produit de multiples oeuvres à propos de cette période sombre de l'histoire, dont ceux qui l'ont vécue peuvent difficilement en parler sans exprimer une quelconque émotion. 

On ne peut cependant pas jeter l'anathème sur cette prolifération de témoignages et documents (même si certaines fois le thème de la Shoah est un excellent raccourci pour franchir sans peine le point Godwin, faisant dire à certains qu'il a été "banalisé"). Mais on ne peut pas oublier, on ne doit pas oublier ce qui s'est passé. 

Voilà maintenant 20 ans que le deuxième tome de Maus a été publié. Je n'ai découvert cette oeuvre que cette année pourtant. Merci d'ailleurs à Davy Mourier, qui me l'a fait connaître au détour d'un 101 % sur Nolife. 

Maus est le fruit du travail d'Art Spiegelman, qui s'est exprimé en se servant du médium qui a fait sa notoriété, la bande dessinée. 

Il est à mon avis difficile de savoir ce que représente réellement la Shoah. Bien sûr, nos cours d'histoire nous y aident, et il est facile pour qui veut de se documenter sur la question, comme indiqué plus haut. Mais pour vraiment comprendre, à moins d'avoir été dans les camps, d'avoir vécu ces souffrances et ces horreurs, il n'y a pas vraiment d'autre voie. Quand je pense à cela, je me demande toujours comment tout a été possible. Comment une telle entreprise industrielle d'usage macabre de la Raison a pu être menée à bien. Je n'arrive pas à m'expliquer comment quelques six millions de personnes ont pu périr sous le coup de la folie d'une idéologie raciste aussi putride. Je préfère laisser le soin aux historiens compétents de démêler cet écheveau. 

Il s'agit alors d'interroger la légitimité d'Art Spiegelman de nous parler de la Shoah à travers sa bande dessinée. L'auteur a en fait bénéficié d'une source extraordinaire d'information, puisque son père, Vladek Spiegelman, a été déporté en tant que Juif polonais dans les camps de la mort. Muni de son dictaphone, le fils de ce rescapé de la barbarie nazie va alors questionner son père à propos de sa vie, en insistant bien sûr sur le thème de la traque des Juifs et de la vie dans les camps. 

On y apprend que son père doit sa survie à une certaine part de chance (comme tant d'autres, on l'imagine), mais aussi à une remarquable débrouillardise qui lui a permis de trouver les stratagèmes pour survivre en ces temps extrêmement difficiles, en "organisant" de la nourriture et en profitant de sa connaissance de l'anglais. 

Au-delà de la narration des faits tout au long de la guerre, l'originalité de l'oeuvre demeure dans le fait que Maus est non seulement un témoignage de quelqu'un qui est encore meurtri dans sa chair par toutes les souffrances vues et vécues, mais qu'il dépeint aussi la relation d'un père déporté à son fils né après guerre (Art Spiegelman est né en 1948), avec tout le décalage que cette situation fait naître. 

Ainsi est entretenue la mémoire de la mère de l'auteur, elle aussi déportée, et qui se suicida en 1968, sans que ses proches ne connaissent la véritable raison de ce passage à l'acte. On prend conscience aussi du fossé d'incompréhension creusé entre deux générations aux parcours si clivés. On y voit un père à l'affût de la moindre économie, gripsou, trouvant son fils fainéant et bon à rien, et portant les traces de la culpabilité d'avoir survécu à ce qui a eu raison de tant d'autres malheureux.

C'est à une double course que l'on prend part dans Maus ; la traque des Juifs par les nazis que l'auteur illustre en donnant une apparence animale à ses protagonistes, et le long cheminement d'un fils dans le sillage de la mémoire de son père pour tenter de comprendre. Les chats nazis traquent sans relâche les souris juives qui ne peuvent que se cacher et tenter de survivre dans un monde qui tantôt les rejette comme des êtres nuisibles, tantôt les cache au péril de sa vie.

Si le déguisement animal des protagonistes peut édulcorer l'horrible réalité des événements, on peut cependant y voir un second niveau de lecture : des hommes dépouillés de toute humanité. D'un côté les soldats nazis qui entassent les ennemis désignés du Reich dans des trains bondés et des camps comme du bétail, d'un autre des victimes oppressées, traitées comme des sous-hommes, que la vie des camps a transformées en pantins errants, affamés et émaciés, avec pour seul ligne de conduite la fuite et la survie. 

Maus nous aide à donner du sens à l'absurde, à savoir comment des souris ont pu de nouveau tenter de se faire hommes, tenter de reconstruire un amour et une vie brisés, délités, au travers de vieilles photos et de témoignages d'une sidérante époque. L'oeuvre (et surtout sa fin) ne peut véritablement laisser indifférent, et c'est heureux, car certaines plaies doivent rester ouvertes pour ne pas oublier.

Par perfounet - Publié dans : Kulture
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 11:56

Les salauds. Ils l'ont tué! Ils ont tué Megaupload! Je crois que comme une bonne partie des internautes "pirates" qui ont appris la nouvelle, j'ai été inconsolable pendant au moins 10 bonnes minutes. Certes, la riposte d'Anonymous qui s'est faite sans attendre sur les sites d'Universal et du ministère américain de la justice m'a mis un peu de baume au coeur.

Mais enfin.

Comment peut-on à ce point n'avoir pas de coeur pour priver ces millions de gens dans le besoin de leur nourriture spirituelle ?

Imaginez un peu, si dans un moment d'égarement les Restos du Coeur venaient à être contraints de fermer ? Imaginez la détresse de ces estomacs tourmentés.

Megaupload, c'était un peu les restos du coeur du net. Sauf qu'on pouvait parfois y déguster du caviar en conserve.

Les thuriféraires de la propriété intellectuelle sont-ils à ce point insensibles pour nous soumettre à telle épreuve ? Comment vais-je faire pour regarder le dernier Uwe Boll devant une pizza bien grasse. Méfiez-vous, la question est plus profonde qu'il n'y paraît : la médiocrité de tacherons n'est-elle pas assez flattée de l'attention qu'on lui porte pour nous quémander en plus de lui ouvrir notre bourse ?

Comment découvrirai-je ce film discret mais merveilleux que je devrai faire figurer dans ma DVD-thèque afin de proclamer avec certitude que je n'ai pas raté ma vie ?  

Internet saigne et sanglote. En témoigne la mélancolie qui a saisi Twitter et qui rappela la douloureuse scène de deuil récemment vécue par la Corée du Nord, cette démocratie exemplaire. 

Internet pleure. 

Heureusement, Youporn demeure pour sécher ses larmes.

Par perfounet - Publié dans : Kulture
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