Ca commence par le texto d'une copine, un bel après-midi de mars. Il paraît que GiedRé traîne ses guêtres du côté de Lyon et vient chanter ses contines subversives aux mécréants provinciaux. Soit, main sur le coeur, je me dis que, quel qu'en soit le prix, peu importent les sacrifices à consentir, je me dois d'y être. Mais avant, et comme une bonne histoire commence toujours par le début, laissez moi vous narrer ma découverte de la bergère coquine.
J'ai vu pour la première fois GiedRé pousser la chansonnette sur la défunte émission J'irai loler sur vos tombes, au concept on ne peut plus simple : on fait un peu de critique culturelle dans un décor en carton en compagnie d'un guest dont les talents peuvent réveiller la passion du geek qui sommeille (ou pas) en nous.
Avec ses jolis yeux bleus et sa chevelure d'ange, ma première impression a été de me demander ce que GiedRé venait foutre ici. Au moment de prendre sa guitare, on est envahis de tous nos stéréotypes bisounours ; la dame à la voix fluette et en robe de bergère va sûrement nous servir une interprétation d'un texte co-écrit par Mireille Mathieu et Henri Dès.
Premières notes et schplaf*.
Sous les apparences poupines se cache en fait une âme dévergondée, qui n'est pas le moins du monde effrayée à l'idée d'avouer que, comme les autres, elle mouille de temps en temps sa culotte. Et c'est une hécatombe à la direction de Familles de France.
Mais revenons-en à notre périple lyonnais voulez-vous. Toujours par cette belle journée de mars, nous partons, naïfs enfants, pour Marcy l'Etoile (qui, même si c'est très improbable, existe bel et bien), avec une hâte à peine contenue de retirer les places très consciencieusement mises de côté par Brigitte (big up si tu me lis).
A peine entré dans la salle des fêtes moches, nous constatons que la bergère polissonne a un petit succès, puisque la salle n'est pas loin d'être comble. Sur scène, une installation qui ne manquerait pas de troubler le non initié : un canard en plastique côtoie sans rougir des poupées gonflables dans une petite alcôve au nom de l'artiste. Très vite nous cherchons du regard une mamie qui se serait égarée en pensant assister à un ersatz du concert d'Âge tendre et tête de bois, pour guetter ses réactions outrées par la suite.
Après quelques bonbons chimiques pour toute sustentation, GiedRé rentre sur scène. Très vite, la salle est conquise, et fredonne les refrains en faisant des petits anus avec ses doigts. On a beau dire, tout cela est peut-être très grivois, mais ça ne manque pas du tout de poésie. On aurait presque un peu honte de frissonner de plaisir en entendant parler de bébés congelés et d'ode à la sodomie. Tout y passe, handicapés, grands hommes, prostituées, moches (voire une hybridation de tout ça)... mais on rigole parce que ce soir, l'humour noir se drappe de rose. GiedRé est bonne parolière, et on guette la rime suivante en se laissant bercer par la voix choupi et les accords de guitare sèche.
Et c'est l'heure de partir, un peu tristoune comme le gamin à qui on explique que son séjour à Disneyland est fini. Une petite photo avec la gourgandine talentueuse, et l'on repart avec des paroles qui résonnent comme du miel dans la tête (non, cette métaphore n'est pas homologuée, mais je m'en branle joyeusement sur la tombe de Pie XII).
Une belle soirée pour une belle morale : tout le monde fait caca.
PS : Merci à celle qui se reconnaîtra de m'avoir mené là-bas, c'était un peu un deuxième anniversaire!
*Une onomatopée convenable pour une tarte dans ta gueule


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